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C’est à l’occasion de son passage au festival black metal Throne Fest à Kubox (Kuurne, Belgique) le 20 mai dernier que Morgan Steinmeyer Håkansson, fondateur et guitariste du groupe de black metal suédois MARDUK, a accepté de se prêter à l’exercice des « Elodie’s Seven Questions ».

Morgan Steinmeyer Håkansson

1° LA TOURNÉE

Comment se passe ce premier « Viktoria Europa Tour » ?

Morgan Steinmeyer Håkansson : Ça se passe bien ! On a commencé la tournée avant même que l’album « Viktoria » sorte, donc on s’échauffe, on a déjà fait pas mal de pays : la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie, l’Italie, la Suisse, la France, l’Autriche, l’Allemagne… Et ça fait du bien, finalement, de faire une tournée avant que l’album sorte, comme ça on joue quelques nouveaux morceaux en concert, mais on va tourner beaucoup pour cet album, ça ne fait que commencer !

Combien de nouveaux morceaux jouez-vous pendant cette tournée ?

Pour l’instant on joue deux morceaux du nouvel album. Ensuite, on en fera probablement quatre ou cinq, je pense, c’est le but. On va se concentrer sur cet album.

MARDUK joue presque tous les ans au Throne Fest…

Apparemment ! On n’avait jamais vraiment prévu ça, mais… (rires)

… Est-ce un festival qui te plaît particulièrement ?

Oui, on passe toujours un bon moment ici, c’est un bon festival, centré uniquement sur le black metal, et la salle n’est pas trop grande, c’est la taille parfaite pour nous.

Throne Fest 2018

Le 29 avril dernier, MARDUK a fait un concert avec TAAKE et Erik Danielsson de WATAIN à Stockholm, dans une salle dont l’emplacement n’a été révélé qu’au dernier moment, est-ce que tu as apprécié cette expérience particulière ?

Oh oui, c’était bien, ça m’a rappelé de bons souvenirs du passé (rires), c’était une bonne expérience et je suis heureux que le promoteur ait réussi à mettre ça en place après les choses stupides qui se sont passées [MARDUK et TAAKE avaient été bannis de la salle de concerts Fryshuset où avait lieu le festival Stockholm Slaughter à cause d’allégations nazies répandues par certains médias]. C’était fascinant et ça en valait la peine, et ça prouve la force et le pouvoir de la musique.

J’ai eu l’impression qu’il s’agissait d’un retour aux racines du black metal…

Tout à fait, c’était fantastique, jouer au milieu de nulle part comme ça, c’était vraiment bien.

Est-ce que tu aimerais réitérer l’expérience ?

Je ne sais pas, peut-être dans le futur, mais pas pour le moment.

Quels sont les projets de MARDUK pour le reste de l’année ?

Déjà, l’album sort le 22 juin… Là on s’échauffe. On finit cette tournée, ensuite on a d’autres dates en juin, juillet et août, on va faire beaucoup de festivals d’été. En septembre, on fait une tournée complète en Pologne. De mi-septembre à mi-octobre, on a un mois de tournée en Amérique du Sud. En rentrant, on part pour la Roumanie. En novembre, on sera au Japon. En décembre, on revient deux semaines en Europe. Et fin décembre on rentre à la maison ! Et l’année prochaine on a encore d’autres projets, on veut aller en Russie, en Asie, on verra si on peut retourner aux États-Unis…

Est-ce que tu apprécies l’Amérique du Sud ?

Oh oui, on y est allés déjà plein de fois, on a été l’un des premiers groupes de black metal à faire des tournées complètes là-bas, pour nous c’est toujours une bonne expérience car il y a beaucoup de grands fans là-bas.

Et le Japon ?

C’est une sensation différente, qui prouve encore une fois le pouvoir de la musique, le fait qu’on puisse apporter cette musique aux quatre coins du monde…

 

2° LA CRÉATIVITÉ

Tu passes beaucoup de temps en tournée, en voyage, est-ce quelque chose que tu apprécies vraiment ou bien est-ce que tu t’y es fait parce que tu n’as pas vraiment le choix ?

Je m’y suis habitué parce que je crois en le pouvoir de la musique, c’est merveilleux de pouvoir partager cette musique, mais je ne peux pas dire que ça me plaise beaucoup de voyager autant…Disons que je vis pour ça, pour pouvoir partager cette musique en live, sans pour autant être un grand fan des tournées…

Je pensais que tu étais accro à la scène…

Oui, j’aime ça, mais pas trois-cents jours par an… Il y a des tas de choses que je voudrais faire et que je peux pas faire, parce que je suis toujours en tournée. Et sur la route, c’est vraiment dur de travailler, de rester concentré sur un projet.

Comment préserves-tu ton énergie ?

Comme je l’ai dit, je crois en le pouvoir de la musique, c’est ce qui me donne la force, rendre vivantes mes propres créations et les apporter au public, c’est quelque chose en lequel je crois, ça me rend heureux.

MARDUK sur scène

Quand tu rentres chez toi, que fais-tu pour te relaxer et retrouver ton équilibre ?

Je vis à la campagne, je fais beaucoup d’activités en extérieur : je vais pêcher, chasser, pratiquer le tir, randonner, c’est la meilleure façon pour moi de retrouver mon équilibre.

Tu passes un maximum de temps dans la nature…

Oh oui, je vais jusqu’à la ville pour acheter les choses dont j’ai besoin et je me dépêche de rentrer chez-moi ! (rires) J’ai perdu tout intérêt pour les grandes villes en général, pour moi la meilleure façon de vivre, c’est d’être à la campagne.

Quand tu crées de nouveaux morceaux pour MARDUK, quel est ton moment préféré du processus créatif ?

C’est difficile à dire car c’est un long processus, nous travaillons ensemble, pour moi le moment le plus intéressant c’est le résultat final, on met beaucoup d’énergie dans les mélodies, les riffs, les arrangements, les paroles, et quand on sent que soudain, tout devient une unité, là tu ressens le pouvoir, et ça c’est la meilleure chose, tu sens que tout est en train de se connecter. Quand tout se reflète en une unité, là se trouve le plaisir maximal.

Tous les membres du groupe travaillent ensemble ?

Oui. Chacun travaille sur sa partie, et ensuite on met tout ensemble selon les idées de chacun, on voit où ça nous mène.

Et les paroles ?

Elles sont écrites par Mortuus [Daniel Rostén, vocaliste du groupe] et moi-même. Nous partageons la même dévotion, les mêmes objectifs, nous travaillons beaucoup ensemble, lui et moi.

Daniel « Mortuus » Rostén

Y-a-t’il des moments du processus créatif que tu aimes moins ?

Je n’aime pas tellement être en studio. Je préfère les répétitions et les concerts, vraiment, car c’est là qu’on ressent le vrai pouvoir de la musique, pas quand on l’enregistre. J’aime ressentir la connection magique avec la musique. Bien sûr, il faut aller en studio, mais je préfère jouer un morceau complètement et entièrement.

« Viktoria » est le 14ème album de MARDUK et il sort le 22 juin. Il semble être plus court que les albums précédents ?

Oui, même si ce n’est pas vraiment quelque chose qui a été décidé de façon consciente… Nous avions des morceaux supplémentaires qui auraient pu se rajouter sur l’album, mais au final nous avons privilégié la bonne connexion des morceaux avec l’ensemble et effectivement ça donne un album de 33 mn. Pour moi, un album idéal contient neuf ou dix morceaux, pas plus… C’est ce qui marche le mieux pour nous. Ce qui compte, c’est l’intensité, ou la tonalité de l’album. En fin de compte je préfère avoir quelque chose de plus court et qui donne au public l’envie d’en entendre plus, plutôt que quelque chose de trop long.

Est-ce que tu voulais quelque chose de plus brutal ?

Nous recherchons toujours quelque chose de plus brutal ! (rires)

 

Le nouvel album sort le 22 juin

 

3° LA GUERRE

Comme « Frontschwein », l’album précédent, « Viktoria » est basé sur des thèmes liés notamment aux deux Guerres Mondiales. Qu’est-ce qui fait que la guerre est une telle source d’inspiration pour MARDUK ?

Je ne sais vraiment pas, mis à part que je me suis toujours beaucoup intéressé à l’Histoire, par-dessus tous mes autres centres d’intérêts. Et ce thème-là marche vraiment bien pour moi, il me rend créatif. Alors j’y reviens toujours, surtout à la Seconde Guerre Mondiale, ça me vient naturellement. Je passe tellement de temps à lire et à regarder des documentaires là-dessus…

Est-ce que tu t’intéresses particulièrement aux armes ?

Oui, je possède six fusils, j’ai pratiqué le tir très jeune, j’ai suivi les traces de mon grand-père et de mon père… Et puis quand j’ai été un peu plus âgé, j’ai obtenu ma licence.

Les médias ont souvent évoqué le fait que tu aies ajouté le nom allemand de ton grand-père, Steinmeyer, à ton propre nom…

Oui mais j’ai fait cette démarche dans les années 90 ! Je voulais juste avoir la bonne combinaison de noms pour moi, qui réunissait les deux côtés de ma famille, le côté suédois et le côté allemand. Ce changement n’a jamais eu l’importance qu’on a pu lui prêter par la suite… Le but est avant tout de permettre aux proches et aux personnes de la famille de mieux connaître nos antécédents.

Puisque tu t’intéresses aux armes et à la guerre, est-ce que tu as déjà eu envie d’être un soldat, de t’engager dans l’armée ?

Oh non, ça ne m’intéresse pas trop ! Je sais ce qui me plaît, ce que j’ai envie de faire quand je tiens un fusil dans mes mains, sans avoir besoin de faire partie de quelque chose d’autre, ça ne fonctionnerait pas avec moi…

As-tu déjà visité certains vestiges ou musées des Deux Guerres ?

Oui, au cours des années j’ai vu pas mal de choses intéressantes, les blockhaus sur les côtes du Nord de la France, j’ai fait le Musée des blindés de Saumur, le Grand Blockhaus de Batz-sur-Mer près de Saint-Nazaire, et pas mal de cimetières militaires.

Est-ce que tu aimes les films de guerre ?

Certains vieux classiques, oui, même s’ils sont parfois mal faits. Par contre, les films actuels sont tellement historiquement incorrects que je suis incapable de les regarder, j’essaie, mais je me retrouve à me plaindre et à râler sans arrêt, c’est ennuyant ! (rires) Je vois toutes les erreurs, tu sais, le mauvais camouflage, le mauvais équipement, ça m’agace !

Tu as bien un film préféré ?

Un vieux film avec Clint Eastwood, « Where Eagles Dare » [« Quand les aigles attaquent, 1968]. C’est un bon vieux classique. Mais en général, je préfère regarder des documentaires, maintenant.

 

4° LES LIVRES

MARDUK tient son nom du dieu Babylonien du ciel, aussi connu comme « Le Vengeur ». Pourquoi as-tu choisi ce nom pour le groupe plutôt qu’un nom qui se réfère à la guerre ?

À cette époque, je n’écrivais pas de chansons sur la guerre. J’ai choisi ce nom parce qu’il s’agit à la base d’un dieu positif, un dieu du Bien, et je voulais prouver rien n’échappe à la corruption, même pas un dieu de la lumière !

Est-ce que tu as lu les livres de Zecharia Sitchin, dans lesquels Marduk est en fait une planète rebelle qui entre en collision avec les planètes de notre système solaire ?

Ouh là, oui, je les ai lus il y a très longtemps… Ce n’est vraiment pas mon truc ! (rires)

Quels livres aimes-tu ?

Je lis énormément de livres d’Histoire, ainsi que des ouvrages sur la philosophie et les religions. J’ai à peu près trois mille livres dans ma bibliothèque, dont cinq ou six-cents qui concernent la Seconde Guerre Mondiale. Je lis tout ce que qui m’intéresse, alors je lis vraiment beaucoup ! J’adore ça. Même quand je suis à l’extérieur et qu’il y aurait plein d’autres choses à faire ! (rires)

De quoi parle le livre que tu es en train de lire dans le tourbus ?

De la bataille des Ardennes en 1944 ! J’en ai besoin pour tuer le temps, et pour me relaxer !

 

5° SATAN

As-tu quelques minutes pour évoquer Satan ?

Bien sûr, qu’est-ce que tu veux savoir sur ce sujet ? (rires)

Pour toi, c’est quoi le satanisme ? Une religion, ou plutôt une philosophie ?

Je pense que c’est vraiment aux gens d’interpréter les choses à leur manière. Pour moi personnellement, c’est une combinaison des deux. Quelque chose qui a autant à voir avec la spiritualité qu’avec la philosophie.

Tu considères Satan comme un être, ou comme un concept ?

Pour moi, c’est une entité et un concept. Un être, je ne saurais pas dire, mais une entité à part entière, je dirais.

Quelle différence fais-tu entre Satan et Lucifer ?

Je n’en fais pas vraiment. Tellement de gens ont interprété les choses de tellement de façons différentes… J’ai ma propre conception des choses, je fais « ma propre cuisine », si on peut dire, de manière à faire du satanisme quelque chose qui est vraiment significatif pour moi, mais uniquement pour moi. Je me méfie des gens qui décrètent que telle vision des choses est « la bonne » ou « la mauvaise »… Je préfère me concentrer sur ma vision personnelle.

Pour toi, le satanisme est une spiritualité personnelle et intime.

Tout à fait. Tu dois pouvoir ressentir les choses de l’intérieur, au plus profond de toi.

 

6° LES ANNÉES 90

Tu étais un adolescent quand tu as fondé MARDUK. Est-ce que tu ressens parfois une certaine nostalgie pour les années 90 ?

Eh bien oui, dernièrement j’ai commencé à me sentir nostalgique… D’habitude je ne regarde jamais en arrière, je suis toujours tellement occupé à faire plein de choses, mais ces derniers temps j’ai rencontré beaucoup de gens qui n’étaient même pas nés quand j’ai fait mon premier album ! Du coup ça m’a fait réfléchir… J’ai trouvé que toutes ces années étaient passées très vite… J’ai retrouvé des gens que j’avais rencontrés dans les années 90 et maintenant ils ont une famille… Tout ça ressemble à une sorte de long voyage.

Si tu pouvais ramener quelque chose des années 90, ce serait quoi ?

Je crois que ce ne serait pas une bonne idée de ramener quelque chose du passé. Tu sais, il y a un temps pour tout. Si tu ramenais quelque chose, ce ne serait plus pareil qu’à l’époque. Rien ne peut plus être pareil. Le monde change, que tu le veuilles ou pas.

Sur l’album « Those Of The Unlight » (1993), il y a un morceau instrumental assez mélancolique qui s’intitule Echoes From The Past, quelque chose que tu n’as jamais refait depuis. Je me suis toujours demandée à quoi ce titre faisait référence ?

Bien sûr, on peut l’interpréter de plein de façons différentes. Même pour moi, il a pris des significations différentes au cours des années. C’est vrai que, quand on l’a enregistré, il sonnait de façon assez étrange et mélancolique… En fait, c’est un morceau que j’ai écrit en rapport avec un tableau que Dead avait peint et qu’il m’avait offert. [Per Yngve « Dead » Ohlin, vocaliste du groupe de black metal suédois MAYHEM et décédé par suicide en 1991].

 

7° UN DERNIER MESSAGE

Y a-t-il une question à laquelle tu aimerais répondre mais que personne ne te pose jamais ?

Non, depuis le temps j’ai répondu à tellement de questions toutes différentes et variées ! (rires)

Et pour finir, y a-t-il un dernier message que tu aimerais partager avec les fans de black metal et de MARDUK ?

Tout ce que je veux partager avec eux, c’est notre nouvel album !

C’est une excellente réponse !

Je trouve aussi ! (rires)

 

Propos recueillis et traduits de l’anglais pour Metal France Magazine par Elodie BEAUSSART

Photos © Elodie BEAUSSART (2018)

 

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