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RHAPSODY – Metronum, Toulouse, 17/03/2018

Luca Turilli au Metronum de Toulouse en 2018

Oui, RHAPSODY, c’est finito ! Après une multitude de péripéties, de séparations, de reformations, de changements mettant à rude épreuve l’attention du fan le plus aguerri, l’iconique groupe italien de power metal symphonique tire sa révérence, et ce, au moyen d’une longue tournée mondiale. Du moins, il s’agit là du RHAPSODY représenté par Fabio Lione (chant) et Luca Turilli (guitare), puisqu’Alex Staropoli, claviériste et co-fondateur du groupe à l’origine, continue l’aventure depuis 2016 avec un RHAPSODY OF FIRE dont le lineup est entièrement renouvelé.

C’est un guitariste aussi sympathique que prolixe (!) qui s’est entretenu avec nous avant le concert à Toulouse. Non dénué d’une certaine mélancolie, mais loin de se laisser abattre, le maestro Turilli revient notamment sur la discographie du groupe, les déboires, mais également son propre avenir, qui, pour un tel talent, a toutes les chances de briller !

Comment avez-vous choisi les morceaux qui figurent sur la setlist ?

 Luca Turilli  – La setlist a évolué depuis le début de la tournée. Nous souhaitions au départ présenter l’album « Symphony Of Enchanted Lands » (1998) dans son intégralité. Après tout, il s’agit du plus connu et du plus représentatif du groupe, et il s’est quand même vendu à 400 000 exemplaires ! Malgré tout, au fur et à mesure des concerts, on s’est rendu compte que les réactions étaient différentes selon les morceaux. Nous avons donc écarté ceux qui étaient peut-être plus faibles en live… Je pense que nous sommes parvenus à établir la setlist parfaite à mi-parcours de la tournée. Nous adorons jouer ces morceaux, et on voit que le public est ravi aussi.

Pouvons-nous nous attendre à une reformation avec tous les membres jamais impliqués dans le projet RHAPSODY, que ce soit au sein de RHAPSODY OF FIRE ou de LUCA TURILLI’S RHAPSODY ?

Non, c’est bel et bien la fin… Techniquement, nous aurions pu continuer encore quelques mois avec le lineup live ainsi constitué. Mais nous devons une fois de plus faire face à des problèmes juridiques. Il ne s’agit pas uniquement de ce que nous voulons… Mon ex-collègue Alex devait d’ailleurs faire partie de cette reformation, mais il a préféré se consacrer à son groupe…

Est-ce également la fin pour LUCA TURILLI’S RHAPSODY ?

Oui ! C’est en un sens la fin de notre lien avec RHAPSODY… C’est très triste, mais c’est comme ça. Tout au long de la carrière du groupe, de mauvaises décisions ont été prises et nous ont beaucoup affectés. En fait, le groupe n’a jamais été plus qu’un hobby. À chaque fois qu’on a eu l’occasion d’en faire notre travail à temps plein, on faisait de mauvais choix ! (Rires) Économiquement parlant, ce n’est donc plus possible. Bien sûr, nous continuerons à faire ce que nous aimons, mais dans la mesure où nous parvenons à en vivre.

As-tu déjà une idée de la prochaine étape pour toi ?

La sortie de « Prometheus » (2015), qui est le premier album dans l’histoire de la musique à être mixé au moyen de la technologie Dolby Atmos, m’a vraiment ouvert des portes : je me suis fait pas mal de contacts qui vont me permettre de faire ce que j’aime de façon pérenne. Il faut dire que je ne vais pas en rajeunissant : désormais, chaque décision que je prends est importante. Si je me trompe, je perds deux ans de ma vie, ce que je ne peux pas me permettre !

Je dois donc évaluer ce qui est le mieux pour moi. J’ai un projet rock symphonique qu’on pourrait appeler le nouveau QUEEN avec Fabio… Les gens ne connaissent que 60% de ses capacités vocales, mais il est capable de chanter dans bien d’autres styles que sur du power metal. C’est pour cela que j’ai cité QUEEN : pour moi, ce groupe est vraiment parvenu à faire de la musique sans limites. Leurs chansons sont complètement différentes les unes des autres, et c’est ce que j’adore. J’aimerais composer quelque chose qui parle à tout le monde, transmettre un message d’amour, de lumière, d’espoir et de respect. Pour moi, ce message compte plus que tout, plus encore que la musique, qui n’est qu’un médiateur…

À part cela, j’ai reçu de nombreuses propositions, et je travaille déjà dans plusieurs styles différents. Bien sûr, ce que j’aime avant tout, c’est l’aspect épique de la musique, donc il sera toujours présent dans mes compositions, même si j’écris de la pop !

Ce serait génial !

Oui ! Je n’étais pas sûr de t’en faire part, étant donné que tu travailles dans la presse metal, mais je réfléchis déjà à un projet qui s’apparente à du Adele ou du Sia… Ces chanteuses me touchent vraiment !

J’aimais beaucoup Dreamquest, le projet que tu as créé il ya plus de dix ans, et qui est rempli d’influences pop électro !

Dans ce cas, tu adoreras mon prochain projet ! Ça sera dans le même style, mais d’un niveau encore supérieur. Pour tout dire, le deuxième album de Dreamquest était prêt, mais n’a jamais pu sortir, pour des raisons juridiques, comme toujours ! (Rires)

Avec du recul, y-a-t-il un album ou un morceau de RHAPSODY que tu apprécies tout particulièrement aujourd’hui ?

« The Frozen Tears Of Angels » (2010) a été un album crucial : il est sorti après les premiers problèmes juridiques auxquels nous avons été confrontés. Nous avions arrêté le groupe pendant quatre ans, et les gens se demandaient si nous existions encore. À l’époque, RHAPSODY avait atteint un certain niveau. Nuclear Blast nous a fait confiance, et nous avions une toute nouvelle énergie à exploiter, d’autant qu’il nous fallait renaître de nos cendres, après cette sorte de « pause »… C’était super de présenter un album aussi frais, et très particulier.

Il est vrai que « Triumph Or Agony » (2006), bien qu’il soit parfait tel quel, était beaucoup plus léger, et jouait plus le rôle de l’album « entre-deux »…

C’est exactement ça. De manière générale, avec RHAPSODY, on a toujours eu tendance à alterner entre album très pompeux et glorieux et album plus direct et léger.

Au contraire, y-a-t-il un des opus que tu aimes beaucoup moins ou que tu aurais fait différemment ?

(Réfléchit longuement) Pour être honnête, en tant que compositeur, je ne réécoute jamais ce que j’ai écrit, à la manière des acteurs qui ne regardent jamais les films dans lesquels ils jouent. Je me projette toujours dans le futur. En revanche, pour cette reformation, alors qu’on réfléchissait à la setlist avec Fabio, j’ai dû réécouter des albums sur lesquels je ne m’étais plus penché depuis des années. Et je dois dire que j’ai été agréablement surpris de constater que « Legendary Tales » (1997), notre premier album, sonne si bien ! Si tu prends d’autres groupes qui sont aujourd’hui très connus (et même, plus connus que nous !), en général, le premier album fait plus office de démo, faute de moyens… Mais avec Alex, nous avions investi énormément d’argent de notre poche afin d’atteindre la qualité que nous voulions. En le réécoutant, je me rends compte que le but recherché avait réellement été atteint, même si, bien sûr, le son n’est pas aussi bon que celui des derniers albums, car nous nous contentions des claviers pour les orchestrations et les chœurs. J’en suis très fier !

Finalement, les seuls points négatifs, ce sont les mauvaises décisions prises dans le passé et, une fois de plus, les problèmes juridiques qui ont nui à notre carrière. Également, le lancement du téléchargement légal a été une catastrophe pour un groupe comme RHAPSODY. Cela peut être une bonne chose pour des groupes qui souhaitent se faire connaître et qui dépensent 5000€ pour produire leur album. Mais nous concernant, le groupe avait déjà sa renommée. Pour les nouvelles générations, la musique est gratuite, mais pour les artistes, la musique représente toujours une dépense importante ! Nous avons investi environ 100 000€ pour « Prometheus », en puisant même dans nos fonds personnels. Cela a abouti à une baisse des ventes, tous styles de musique confondus…

Malgré nos difficultés, je suis fier d’avoir pu clore la saga commencée sur « Legendary Tales », d’autant que je ne sais même pas si un groupe est jamais parvenu à mener à bien une histoire de la sorte, du début jusqu’à la fin ! Avec Alex, cela faisait quelques temps que nous abordions notre éventuelle séparation, mais la priorité était de respecter notre vision artistique. Ce n’est qu’après « From Chaos To Eternity » (2011) que nous avons décidé de poursuivre chacun de notre côté. Les problèmes juridiques auxquels nous avons dû faire face après « Symphony Of Enchanted Lands Part II » (2004) auraient pu nous faire arrêter, mais cela aurait représenté un échec pour moi, et j’aurais eu le sentiment de quelque chose d’inachevé toute ma vie.

Que penses-tu des deux albums de RHAPSODY OF FIRE qui ont été composés après ton départ (en l’occurrence, « Dark Wings Of Steel » (2013) et « Into The Legend » (2016)) ?

Il est impossible pour moi d’écouter ces albums, et d’entendre mon chanteur sur des morceaux de RHAPSODY que je n’ai pas composés. J’ai écouté deux ou trois chansons, et j’ai donné mon avis à Alex, mais ça s’arrête là…

Pour sa part, a-t-il écouté tes albums (« Ascending To infinity » (2012) et « Prometheus ») ?

Je n’en sais rien ! Nous ne sommes plus tellement en contact, et nous habitons loin l’un de l’autre… Dans ce milieu, il est très difficile de passer du temps les uns avec les autres. C’est à peine si j’arrive à rendre visite à ma mère en six mois ! (Rires) Nous nous contentons de quelques mails échangés pour Noël ou les anniversaires.

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Merci à SPM Prod, Caio Lubliner et le reste du crew de RHAPSODY !

Photo : Ludovic Fabre pour Hard Force

 

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